La D.H.E.A.

La DHEA, abréviation de la Déhydroépiandrostérone est une molécule qui fait partie de la famille des stéroïdes.

En 1931 un chercheur allemand A. Buternandt trouve sa présence dans les urines; en 1954 deux chercheurs, Migeon et Plager, l’isolent dans le sang. Quatre ans plus tard, le professeur M. F. Jayle parvient à faire la corrélation entre la décroissance de la DHEA chez l’homme et la femme au fur et à mesure de l’âge. En 1960, un de ses disciples, É.-É. Baulieu découvre que la DHEA est sécrétée par les glandes surrénales, sous la forme de sulfate de DHEA (sDHEA).

La DHEA est présente dans l’organisme, mais son taux diminue avec l’âge. Elle est produite principalement comme les autres hormones dans les glandes surrénales (au-dessus des reins) vers l’âge de 6 ans et atteint son maximum vers la trentaine. La sécrétion de cette hormone diminue progressivement avec l’âge: de 70 à 80 ans, la chute peut atteindre plus de 80%.

Comme la prégnénolone, elle est synthétisée à partir du cholestérol et est sous le contrôle de l’ACTH. Elle est également synthétisée dans le cerveau. La DHEA existe sous deux formes :
– la forme libre avec une durée de vie très courte.
– la forme stable sulfatée (sDHEA).
On fabrique la poudre de DHEA à partir de plantes de la famille des dioscoréacées : la racine de l’igname sauvage (ou yam) en particulier, est la plus concentrée des sources connues. Ces plantes poussent dans les régions chaudes, comme la Chine, l’Inde, le Mexique.

Son efficacité est controversée. Il y a eu des études mais le plus souvent chez les animaux ou des études à base d’observations (sans comparaison avec un placebo).

Les effets SUPPOSÉS seraient un ralentissement du vieillissement, avec:

  • augmentation de la masse musculaire,
  • protection ou amélioration des maladies cardio-vasculaires (effet anti-athérogène),
  • protection ou amélioration de l’ostéoporose (augmentation de la densité osseuse),
  • protection ou amélioration par rapport aux cancers
  • protection ou amélioration par rapport aux dépressions…
  • rajeunissement de la peau,
  • stimulation de la mémoire,
  • stimulation de l’appétit sexuel
  • stimulation des défenses immunitaires

L’étude « DHEâge » réalisée par le professeur É.-E. Baulieu et le professeur F. Forette (Professeur des universités, chef de service de la Fondation Nationale de Gérontologie), a déclenché un engouement médiatique; cette étude propose un essai de traitement substitutif : la compensation de la baisse de s.D.H.E.A. par l’administration de D.H.E.A., qui se transforme pour l’essentiel en s.D.H.E.A.. Elle a pour objet de déterminer si l’administration quotidienne de D.H.E.A. est sans danger et pourrait améliorer le bien-être, les fonctions cognitives, la libido, les fonctions immunitaires, le métabolisme osseux, la qualité de la peau, la force musculaire et l’état artériel.

Effets prouvés selon l’étude D.H.E. âge

– peau : augmentation chez la femme de la séborrhée d’où une moindre sécheresse de la peau et une hydratation augmentée de façon significative ainsi qu’une augmentation de l’épaisseur de l’épiderme.
– ossature : la minéralisation osseuse, surtout chez les femmes après 70 ans, semble être significative.
Les effets secondaires sont inconnus à long terme … Une bonne tolérance est constatée selon l’étude à 50 mg/jour. La D.H.E.A. est contre-indiquée chez les personnes de moins de 30 ans, les femmes enceintes ou allaitant, les individus souffrant de cancers de sein ou de la prostate. Une consultation médicale préalable est conseillée, surtout en cas de problèmes de santé ou de prise d’un autre traitement, notamment ceux hormonaux substitutifs de la ménopause.

Le point sur la législation en France

Le paradoxe de la situation de la DHEA en France vient du fait qu’elle n’est pas reconnue comme étant un médicament mais exclusivement vendue en pharmacie et que, si n’importe qui, peut acheter la DHEA-matière première, seuls les pharmaciens sont habilités à la transformer en l’incorporant à une préparation magistrale suivant une prescription médicale. Le paradoxe est de demander aux médecins de se substituer à un vide législatif et de faire autorité dans une situation de carence officielle (en prescrivant la préparation).

Au plan de la sécurité, aux doses inférieures ou égales à 50 mg, il n’a pas été observé d’effets indésirables cliniques majeurs. Deux points ont pourtant retenu l’attention des experts:

– l’utilisation de la DHEA s’est accompagnée, dans plusieurs études, et même à faible doses, d’une diminution du cholestérol HDL (« bon » cholestérol) ; la DHEA est donc susceptible d’augmenter le risque de maladie cardio-vasculaire.
– par ailleurs, du fait de sa transformation hormonale, elle peut favoriser ou aggraver les cancers hormono-dépendants. Ces risques potentiels sont susceptibles d’être plus importants en cas d’augmentation des doses ou de la durée du traitement.

D’autre part, la DHEA a montré un intérêt potentiel dans le cas très particulier des insuffisances surrénaliennes et fait l’objet d’un programme de développement clinique avancé dans le traitement du lupus.

Positions officielles de l’Afssps, du Conseil National de l’Ordre des Médecins et de l’Ordre des Pharmaciens:
Position de l’Afssps: Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé : COMMUNIQUE DE PRESSE du 03 mai 2001.

– L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) attire l’attention des consommateurs potentiels de DHEA sur le fait qu’elle ne dispose pas de données scientifiques suffisantes lui permettant de déterminer avec exactitude les propriétés pharmacologiques, toxicologiques et cliniques de cette substance.
– A ce jour, aucune firme n’a déposé de demande d’évaluation scientifique. Ainsi l’Afssaps n’a délivré aucune autorisation de mise sur le marché (AMM) pour une spécialité pharmaceutique comportant de la DHEA. A ce titre, l’Afssaps précise que la DHEA n’a le statut de médicament ni dans l’Union européenne ni en Amérique du nord.
– L’Afssaps rappelle que les effets thérapeutiques, la qualité et l’innocuité de la DHEA n’étant pas connus, la prescription et la délivrance de DHEA engagent la responsabilité du médecin et du pharmacien.
– La liberté de prescription du médecin lui impose l’obligation d’assurer le suivi de ses patients et de déclarer tout effet indésirable dans le cadre des systèmes nationaux de vigilance.
– Dans la mesure où la réglementation française n’interdit pas l’utilisation de DHEA en tant que matière première, le pharmacien ne peut délivrer une préparation contenant de la DHEA que s’il est en mesure de garantir que la qualité de la matière première utilisée ne présente aucun risque pour le consommateur. La DHEA n’étant référencée ni à la pharmacopée française ni à la pharmacopée européenne, il est tenu de procéder, par lui-même, au contrôle de qualité de la matière première.
– Par ailleurs, l’Afssaps met en garde le Public sur les risques de l’achat de produits via Internet car il existe un risque de consommer des produits dont la composition n’est ni garantie ni contrôlée.
– Compte tenu de l’intérêt grandissant de la DHEA dans l’opinion publique, l’Afssaps poursuit l’évaluation et la recherche des données scientifiques disponibles permettant d’analyser la sécurité et l’innocuité de la DHEA.

Position de l’Ordre des Médecins: COMMUNIQUE DE PRESSE du 10 Avril 2001:

Certaines pharmacies affichent qu’elles peuvent vendre la D.H.E.A. (déhydroépiandrostérone, hormone d’origine surrénalienne) favorisant le rajeunissement et luttant contre l’ostéoporose, si le médecin fait une prescription magistrale. Le produit est encore en cours d’évaluation scientifique. Il n’a pas encore reçu l’A.M.M. et ne peut donc être prescrit comme une spécialité pharmaceutique. Mais, bien que non inscrit à la pharmacopée, il est une matière première à usage pharmaceutique et pourrait, de ce fait, être délivré s’il était proposé par une prescription médicale magistrale. Rien n’est encore défini concernant la posologie adéquate : la durée du traitement, les indications et contre-indications, les effets secondaires, et les risques consécutifs à son absorption. Il est donc pour l’instant conseillé au médecin de ne pas répondre favorablement à la demande d’un patient, dans l’intérêt de celui-ci, et en raison de la responsabilité engagée du médecin prescripteur en cas d’incident même allégué, ou de poursuite, d’autant que les obligations légales de la pharmaco-vigilance doivent être observées et que la prescription médicale ne peut de ce fait rester clandestine. Enfin, par l’arrêté du 2 février 2000 (paru au J.O. le 7 mars 2000), le Ministère de la Jeunesse et des Sports a interdit la D.H.E.A., en tant que substance dopante.

Position de l’Ordre des pharmaciens

« Nous appelons les pharmaciens à la plus grande prudence quant aux préparations à base de DHEA « … » Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens maintient une attitude de stricte vigilance… »
Le rôle des différents intervenants en France

Le rôle du médecin

Aujourd’hui, le plus inconfortable. Sans l’attitude d’ouverture de parapluie » de son ordre et des pouvoirs publics, la majorité des médecins se sent capable de juger de l’âge auquel les personnes peuvent espérer un résultat favorable, des contre-indications à suivre comme dans d’autres traitements hormonaux, des analyses à demander pour vérifier les carences et du suivi à effectuer.

Le rôle du pharmacien

Le pharmacien élabore une  » préparation magistrale  » à partir d’un produit vendu comme une matière première. Le pharmacien prend donc la responsabilité de la teneur en DHEA dans sa préparation et de la qualité de la DHEA elle même. Cette dernière responsabilité est partagée en filière avec son fournisseurs de matières premières. Il faut noter que le pharmacien suit une prescription : l’ordonnance du médecin qui prend donc la responsabilité de la décision du traitement et du suivi qui lui semble indiqué.

Les pouvoirs publics et les organismes officiels

Le syndrome du sang contaminé est présent et peu de personnes responsables sont capables d’un langage clair. Il faut poursuivre d’autres essais, mais qui va les payer ? Il faut modifier les règles de l’A.M.M. et permettre à un produit « non brevetable » de suivre une procédure différente de celle qui existe aujourd’hui… Il faut être imaginatif et « hyperactif » …

Dosage thérapeutique de la DHEA ?

Comme l’objectif est de retrouver un taux de DHEA optimal, la quantité à prendre dépend du déficit hormonal dans le sang, qui varie en fonction:
– du sexe
– de l’âge
– de facteurs personnels (mode de vie, métabolisme, antécédents médicaux,…)
Pour un suivi sérieux, il faut donc faire régulièrement des analyses de sang permettant de contrôler efficacement le taux de DHEA.
Mais globalement, on considère qu’une prise de:
– 25 mg par jour pour les femmes
– 50 mg par jour pour les hommes
permet de retrouver une concentration presque optimale.

Compte tenu du contexte d’utilisation de la DHEA aujourd’hui, il est nécessaire de souligner les points suivants :
* la prise de DHEA peut stimuler la croissance de cancers hormono-dépendants (prostate, sein, utérus,), donc déconseillé par exemple,,, aux femmes ayant eu un cancer du sein, des ovaires ou des cas dans leur entourage proche, aux hommes, où l’on soupçonne un risque de cancer des testicules,
* le risque cardio-vasculaire potentiel, lié à une baisse de l’HDL cholestérol, observé dans plusieurs études, doit être pris en considération notamment en cas de prise au long cours de DHEA ;
* chez la femme ménopausée, le bénéfice du traitement hormonal substitutif oestro-progestatif est démontré. Ce type de traitement ne doit en aucun cas être abandonné au profit d’un traitement par la DHEA dont les effets sont incertains. Ces deux traitements ne doivent pas être associés pour éviter un surdosage en œstrogène ;.
* chez l’homme âgé, l’absence d’indice en faveur d’un bénéfice de la DHEA peut s’expliquer par le maintien d’une sécrétion testiculaire de testostérone. De plus, il existe un risque potentiel de développement de cancer de la prostate.
* aux personnes ayant eu des antécédents de thrombose ou phlébite.
* aux personnes de moins de 35 ans.
* aux femmes enceintes ou allaitant et celles souhaitant avoir un enfant.
* en cas d’insuffisance rénale, hépatique et cardiaque.

Effets secondaires

Le manque d’études approfondies laisse subsister de grosses incertitudes quant aux effets secondaires (acné, augmentation de la pilosité, dysménorrhée, insomnie, etc.). En effet, il faut noter que chez certaines personnes, même à des doses aussi faibles que 25 mg par jour, la DHEA peut réduire le taux de « bon » cholestérol. Elle peut aussi provoquer l’accélération du rythme cardiaque, de l’acné et la pousse des poils.
De plus ses effets et sa tolérance à long terme dans la prévention du vieillissement restent encore mal appréciés.
Dans le cas des femmes ménopausées: l’administration de DHEA ne remplace en aucun cas le traitement de la ménopause par les œstrogènes (traitement hormonal substitutif, THS).

Pour toutes ces raisons, il ne peut être conseillé de prescrire la DHEA dans le cadre de la lutte contre les effets du vieillissement, quel que soit l’âge et le sexe. L’utilisation éventuelle de ce précurseur hormonal n’est donc pas justifiée en dehors des essais thérapeutiques ou de situations cliniques très particulières à juger au cas par cas. La DHEA nécessite une prescription et une surveillance médicale. En l’absence de spécialité pharmaceutique ayant une AMM, la préparation magistrale reste possible, délivrable uniquement sur ordonnance.

Sachez que si vous voulez de la DHEA, vous devrez passer une visite chez votre médecin. Et avant de vous délivrer une ordonnance, il vous prescrira un examen de contrôle de taux d’hormones (prise de sang).

La DHEA n’est actuellement pas en vente libre en France, les autorités sanitaires ayant décidé de poursuivre son évaluation (au nom du principe de précaution).

Sa vente est interdite, sauf sur ordonnance, en préparation magistrale délivrée par un pharmacien spécialisé.
Dans la majorité des pays d’Europe, la DHEA a un statut de médicament sans avoir fait l’objet d’une autorisation officielle de mise en marché, une procédure coûteuse qu’aucun laboratoire pharmaceutique n’a entamée. En effet, comme il s’agit d’une hormone naturelle, elle n’est pas brevetable et ne présente donc guère d’intérêt pour les investisseurs.

À noter que la consommation de DHEA par les athlètes est interdite par le Code mondial antidopage.

Pour l’instant, le principe de précaution s’impose donc.
Il faut alors être prudent si vous souhaitez consommer de la DHEA :
elle ne devrait être utilisée que sous contrôle médical.

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