Troubles bipolaires : comment analyser ces hauts et ses bas ?

Dans les troubles bipolaires, appelés aussi bipolarité, maniacaux-dépression ou psychose maniaco-dépressive, les fluctuations de l’humeur sont disproportionnées en intensité et en durée. Les phases d’excitation et de dépression qui les caractérisent varient d’une personne à une autre.

 

Est-il normal d’avoir des hauts et des bas ?

Les changements d’humeur ne s’expliquent pas toujours par l’influence de facteurs externes dans la vie affective et professionnelle. L’humeur peut varier pour d’autres raisons moins facilement identifiables, par exemple la durée du jour ou des changements hormonaux. Ces fluctuations reviennent parfois régulièrement, comme c’est le cas pour la dépression hivernale.

Certaines personnes sont plus sujettes à ces variations cycliques de l’humeur, appelées aussi cyclothymie. Elles connaissent une alternance plus ou moins régulière de périodes de bonheur et de tristesse, sans que ce phénomène les empêche de vivre normalement. Tant qu’elle reste supportable, la cyclothymie n’est pas une vraie maladie.

Le lithium, par exemple, peut stabiliser l’humeur. Chez un tiers des patients, cela conduit à un arrêt de la maladie. Un autre tiers répond partiellement au lithium, le reste ne répond malheureusement pas du tout. Cependant, les psychiatres sont encore dans l’incertitude quant à savoir qui peut exactement bénéficier de ces médicaments. On développe encore des marqueurs génétiques qui pourraient permettre de faire de meilleures prédictions. Il est important que les personnes concernées prennent du lithium de manière continue et régulière et à la bonne dose. Les effets secondaires typiques sont la prise de poids, les problèmes circulatoires, les tremblements, les nausées ou la fatigue.

Comme alternative au lithium, les antipsychotiques et les antiépileptiques tels que le valproate conviennent au traitement de la manie aiguë et à la prophylaxie des phases. Si le patient est dans une phase dépressive, les antidépresseurs, les stabilisateurs d’humeur et certains antipsychotiques atypiques sont des agents appropriés. Le traitement médicamenteux des états mixtes est délicat. Les antidépresseurs peuvent aggraver l’état dans ce cas, ils ne sont donc pas adaptés. On utilise alors généralement un mélange de lithium et de certains antiépileptiques et antipsychotiques. Parmi les autres méthodes non médicamenteuses, citons la thérapie de réveil avec privation de sommeil et l’électroconvulsivothérapie. Et, de manière assez banale, le sport peut aussi détendre l’atmosphère.

Aujourd’hui, on peut traiter les troubles bipolaires de manière relativement efficace, en nous adaptant toujours à la phase concernée. Mais malheureusement, il y a un manque de psychothérapeutes et de psychiatres qui connaissent bien le tableau clinique. En outre, il est nécessaire de consacrer davantage de fonds à la recherche afin d’améliorer la thérapie le plus rapidement possible.

Psychothérapie également pour les proches

Les proches qui souffrent de vivre avec un patient maniaco-dépressif peuvent également être inclus et formés à la psychothérapie. Ils y apprennent comment gérer au mieux la situation et distinguer un comportement sain d’un comportement pathologique. En outre, ils doivent apprendre à trouver un équilibre entre affection et dissociation pour leur propre protection. Après tout, ils doivent supporter les phases opposées d’une maladie maniaco-dépressive. Comme la plupart des personnes concernées perdent la notion de la maladie pendant une phase maniaque, après tout, elles se sentent bien la connaissance de la maladie dans l’environnement personnel est d’autant plus importante.

 

Symptômes des troubles bipolaires : épisodes maniaques et dépressifs

Les épisodes maniaques

Un épisode maniaque classique dure plus d’une semaine, et en général quatre à huit semaines. Il conduit souvent à proposer une hospitalisation, pour traiter (voire protéger) le patient.

Les épisodes maniaques sont souvent précédés de signes annonciateurs :

  • Une énergie décuplée ;
  • Une facilité dans les échanges sociaux ;
  • Un sentiment d’euphorie ;
  • Toutefois, dans ces moments, une certaine irritabilité est aussi possible.

Durant l’épisode maniaque, le patient bipolaire présente au moins trois des signes suivants :

  • Accroissement des activités sociales (professionnelles ou sexuelles), besoin constant de parler, hyperactivité ;
  • Des achats inconsidérés ;
  • Sentiment exagéré de puissance (haute estime de soi) ;
  • Tendance à passer “du coq à l’âne”.

Ces signes peuvent parfois s’accompagner d’autres symptômes comme le délire ou des hallucinations.

Les épisodes dépressifs

Ces épisodes peuvent durer de 2 semaines à 6 mois en l’absence de traitement.

Ils associent :

  • Un sentiment de tristesse, de vide ;
  • Une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes.
  • Ces deux symptômes centraux sont souvent accompagnés de :
  • Insomnies ou au contraire envie de dormir de manière excessive ;
  • Perte d’appétit ;
  • Perte de poids importante ou prise de poids ;
  • Difficultés de concentration ;
  • Prise de décision difficile ;
  • Impression de vivre ou ralenti ou au contraire d’hyperactivité ;
  • Baisse de l’estime de soi.

Pendant l’épisode dépressif, le patient bipolaire peut avoir des envies suicidaires.

Les autres symptômes particuliers des troubles bipolaires

  • Chez les patients jeunes, le délire est souvent présent ainsi qu’un sentiment de persécution ;
  • Grande mégalomanie ;
  • L’humeur se modifie très rapidement, parfois plusieurs fois dans la journée ;
  • Grande mélancolie ;
  • Au début de la maladie, les épisodes dépressifs peuvent être absents.

 

Troubles bipolaires : un délai de diagnostic inacceptable

Le temps d’identification de la maladie est un véritable problème. Car le principal risque accompagnant ce trouble est le suicide : 15 % des hommes bipolaires et 22 % des femmes mettront ainsi fin à leur jour. Et un quart à la moitié feront une tentative de suicide, avec plus ou moins de séquelles. Sans parler des conséquences mettant ainsi en jeu la vie de la personne, les désordres bipolaires représentent un véritable handicap social et professionnel. Ils sont responsables de difficultés au bureau et de chômage, et ont un retentissement important sur la vie de famille.

L’annonce du diagnostic intervient encore trop souvent après plusieurs années d’errance diagnostique. De plus, l’acceptation de la maladie est un processus lent.

Comment évoluent les troubles bipolaires ?

Quand le traitement de fond par les régulateurs de l’humeur est efficace, l’intensité et la fréquence des cycles maniaco-dépressifs diminuent de manière significative, ce qui permet à la personne de retrouver une vie normale. Après plusieurs mois de traitement, les cycles peuvent s’espacer jusqu’à disparaître complètement. Pour cette raison, toutes les personnes souffrant de troubles bipolaires devraient être traitées.

Sans traitement, les cycles se poursuivent et leur fréquence peut s’accélérer. L’intensité des phases maniaques et dépressives peut également s’aggraver. Dans certains cas, les personnes malades développent des symptômes de psychose, d’hallucinations et de délire, défendant avec insistance des croyances fausses et illogiques malgré l’évidence du contraire. Les complications des troubles bipolaires sont multiples. En l’absence de traitement, on estime que 25 % des personnes souffrant d’un trouble bipolaire font une ou plusieurs tentatives de suicide. Les risques d’alcoolisme et de toxicomanie sont importants et les troubles du comportement associés peuvent avoir des conséquences graves, allant jusqu’au divorce, au licenciement ou à l’emprisonnement.

Quelles sont les causes des troubles bipolaires ?

L’origine de la maniaco-dépression est très certainement liée à la génétique. Il existe une forte prédisposition familiale qui se traduit par une vulnérabilité de l’humeur et une incapacité à réguler ses émotions. Cette prédisposition semble déterminée par un ensemble de gènes dont l’influence reste à éclaircir.

Sur ce terrain favorable, l’environnement joue un rôle dans le déclenchement du trouble bipolaire. En effet, les premiers épisodes de psychose maniaco-dépressive seraient souvent déclenchés par un événement stressant ou un surmenage (manque de sommeil, décalage horaire, travail de nuit). D’autres facteurs peuvent également constituer des éléments déclenchants, comme les infections du système nerveux, les traumatismes crâniens, l’alcoolisme ou la toxicomanie.

Si les premiers épisodes semblent favorisés par des événements extérieurs, les suivants peuvent apparaître spontanément. En effet, ces premiers cycles provoqueraient dans le cerveau des modifications augmentant la probabilité de développer d’autres crises sans facteur déclenchant.

Comment diagnostique-t-on les troubles bipolaires ?

En général, les personnes souffrant d’un trouble bipolaire consultent un médecin lorsqu’elles se trouvent dans une phase dépressive. Comme elles évoquent rarement leurs épisodes maniaques, soit parce qu’elles ne les ont pas repérés, soit parce qu’elles n’osent pas en parler, le médecin risque de diagnostiquer une simple dépression. Pour cette raison, les troubles bipolaires sont souvent identifiés tardivement, après au moins trois ou quatre accès aigus, et parfois des années après l’apparition des premiers symptômes. Mais, de plus en plus, face à des symptômes dépressifs, le médecin demande à son patient s’il a connu des phases pendant lesquelles son humeur était anormalement bonne et s’il dormait peu pendant ces périodes euphoriques.

 

Bipolarité : les conseils d’hygiène de vie

En complément des traitements médicamenteux et de la psychothérapie, il est recommandé d’avoir une bonne hygiène de vie :

  • Adoptez un rythme régulier, en veillant à dormir suffisamment ; limitez les décalages horaires.
  • Apprenez à gérer les situations de stress ; faites attention en cas de travail trop intense sur une longue durée.
  • Évitez ou limitez la cigarette, la consommation d’alcool, du cannabis, ou d’autres drogues (cocaïne, héroïne, ecstasy). Le trouble bipolaire accroît le risque de consommation d’alcool et de drogues.
  • Pratiquez une activité physique régulière et adaptée et mangez sainement, afin de prévenir une prise de poids, parfois liée au traitement.

Qui peut être touché par les troubles bipolaires ?

La maniaco-dépression touche 1 % de la population et concerne autant les hommes que les femmes. Le risque d’en être atteint est augmenté lorsqu’un membre de la famille proche est également touché par la maladie. Il est alors de 15 % à 20 %.

Les premières manifestations de la maladie apparaissent généralement entre 15 et 35 ans. Certains troubles du comportement (dont l’hyperactivité, les troubles du comportement alimentaire, l’alcoolisme et la toxicomanie) pourraient être des signes précoces de psychose maniaco-dépressive.

Les traitements de fond

Les médicaments régulateurs de l’humeur (thymorégulateurs) constituent les traitements de fond du trouble bipolaire. Ils sont de plusieurs types. Le choix du médicament s’effectue en fonction des symptômes observés, mais aussi en prévision d’éventuels effets indésirables. Bien que tous ces médicaments aient prouvé leur efficacité contre le trouble bipolaire, certains patients traités continuent à avoir des symptômes. Dans ce cas, pour une plus grande efficacité, le médecin peut décider d’associer plusieurs médicaments thymorégulateurs.

Les sels de lithium

Les sels de lithium sont les thymorégulateurs les plus utilisés (leur mécanisme d’action n’est pas bien élucidé). Leur effet se manifeste lentement. La prescription des sels de lithium nécessite un bilan médical préalable, renouvelé tous les ans : prise de sang (numération formule sanguine, glycémie, dosages pour contrôler le bon fonctionnement des reins et de la thyroïde), test de grossesse, électrocardiogramme et électroencéphalogramme.

Les principaux effets indésirables du lithium sont : somnolence, tremblements des mains, troubles digestifs, perturbation du fonctionnement de la glande thyroïde. Nausées, tremblements, soif, troubles de l’équilibre sont les signes les plus fréquents d’un surdosage. Ils doivent être signalés rapidement à votre médecin.

Les antiépileptiques

Des substances initialement développées pour lutter contre l’épilepsie (le valproate, et plus rarement, la carbamazépine) sont également prescrites pour réguler l’humeur. Le valproate est associé à un risque accru de malformations pour l’enfant à naître en cas d’utilisation chez la femme enceinte. Une contraception efficace est nécessaire en cas d’utilisation chez la femme en âge de procréer. La lamotrigine, un autre antiépileptique, est également utilisée en prévention des épisodes dépressifs chez les personnes souffrant de troubles bipolaires.

Quelle place pour les psychothérapies dans le traitement des troubles bipolaires ?

La forme d’aide la plus indiquée pour les malades maniaco-dépressifs et leurs proches est la psychoéducation, mais elle est toujours associée à un traitement médicamenteux. Cette thérapie éducative consiste à expliquer la maladie et ses traitements pour que le patient respecte le mieux possible la prescription du médecin, mais aussi pour que ses proches et lui soient capables de repérer rapidement des signes de rechute. La psychoéducation peut se faire par le biais de séances individuelles ou de sessions de groupe pendant lesquelles patients et entourage peuvent discuter de leur expérience et interroger le thérapeute.

Les psychothérapies cognitives et comportementales, ou celles d’inspiration analytique, agissent peu sur les troubles proprement dits mais sont utiles pour permettre à la personne de travailler sur elle-même.

Qu’est-ce que la sismothérapie ?

La sismothérapie (électrochocs, ou électro-convulsivothérapie, ECT) a une mauvaise image auprès du public. Pourtant, cette forme de traitement peut être efficace pour soulager les phases maniaques ou dépressives aiguës résistantes aux médicaments. Elle consiste à provoquer une crise d’épilepsie à l’aide d’un courant électrique très bref (quelques dixièmes de seconde) appliqué sur les tempes lors d’une brève anesthésie générale. Un médicament destiné à relâcher les muscles est également injecté. Les mécanismes de son efficacité contre la psychose maniaco-dépressive sont encore peu connus. Ce traitement n’est pas douloureux et entraîne peu d’effets indésirables (confusion passagère au réveil, maux de tête, nausées, troubles de la mémoire qui s’atténuent après quelques jours ou semaines). Une cure de sismothérapie comporte en général huit à douze séances à raison de deux à trois séances par semaine.